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L’Ile de la Comtesse

La plage et le quartier de la Comtesse n’ont pas toujours été ce qu’ils sont. ..

Leur transformation et leur aménagement se sont effectués lentement au fil des années. Mais pourquoi donc nommer tant de fois la Comtesse à Saint-Quay-Portrieux en lieu et place de l’ancien Port Gouvrai (ou Couvray) du vieux cadastre ? Qui était donc cette Comtesse pour mériter tant d’égards ?

Il existe en effet une île de la Comtesse, une plage de la Comtesse, une rue et une avenue de la Comtesse, mais aussi plusieurs résidences portant ce nom (La Comtesse, les Terrasses de la Comtesse, Les Jardins de la Comtesse).

 

L’histoire de la Comtesse

Il est vraisemblable que ce soit la Comtesse d’Avaugour qui ait laissé son titre, à défaut de son nom, aux lieux dont elle était propriétaire. Les archives disent que le Comte d’Avaugour se fit moine bénédictin à Léhon, près de Dinan, au XIIIème siècle et qu’il leur légua l’île quinocéenne actuelle (« maitre pâture » au cadastre de 1822) en plus de terres au bord de la côte, sauf quelques rais de vigne donnés au recteur de St-Quay. Le « dénombrement » de 1679 dit que « le prieuré de Saint-Magloire de Léhon avait aussi, en Saint-Ké, un rocher au bord de la mer, appelé vulgairement l’isle de la Comtesse, contenant dellx à trois journaux de terre labourable, sur le haut duquel il y a quelques vestiges de bâtiments ruinés, plus une pêcherie au pied’. Il est vraisemblable que l’île appartenait encore aux moines de Léhon en 1789. En 1801, Monsieur Lemée (du manoir des Fontaines) en était devenu le propriétaire. Cette île, « bien d’église », a peut être été vendue comme « bien national » pendant la Révolution, bien qu’on n’en soit pas sûr, et achetée comme telle par Monsieur Lemée, comme ce fut le cas pour les chapelles St-Roch et Ste-Anne.

Bien plus tard, il y eut une autre Comtesse dans le secteur, .et elle n’était pas vraiment « commode ».

Peut être a-t-on fini par oublier le première pour ne se souvenir que de la seconde… Il s’agissait d’une maîtresse femme de réelle noblesse, Madame Tranchant des Thuilais, qui n’en était pas moins une sorte de « dahut » qui répandit la terreur durant un demi-siècle sur tout le littoral qui s’étend de la Priauté au Sémaphore. Elle vécut à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle et n’a laissé ni descendance, ni parenté que ce soit dans la commune ou dans la région. On a même oublié l’emplacement de sa demeure sur la côte. Ce que l’on n’a pas oublié, en revanche, ce sont les démélés épiques qu’elle eut avec toutes les municipalités qui se succédèrent, sans exception, durant les règnes de Charles X et de Louis-Philippe. Dans de nombreuses lettres aux préfets du département, conservées aux archives, les maires la désignaient comme une « terrible femme », une « forteresse imprenable » ! Les hostilités commencèrent en 1834 par un alignement pris par elle-même sans consulter la commune, qui empiétait de 8 m sur le domaine maritime! En 1835, elle fit bâtir un mur englobant le chemin des douaniers … Il suffisait qu’elle paraisse au dessus d’une haie pour que les douaniers euxmêmes s’squivent du chemin de ronde ! Tout lui appartenait, elle ne supportait personne, engageait des procès, réglait jusqu’à la pêche au bas de l’eau, se faisait justice elle-même, allant jusqu’aux voies de fait !!! Une telle personnalité et un tel tempérament ne pouvaient tomber dans l’oubli ! Aussi, par delà la tombe, la Comtesse est-elle toujours là ! Elle règne vraiment sur le secteur de nos jours encore. Le site exerce tant d’attrait qu’on en finirait presque par apprécier la Comtesse …

 

Le quartier de la Comtesse

Longtemps après la disparition de « l’insupportable », la municipalité conçut le projet de créer un chemin d’accès à la grêve, devant l’île, à partir de la propriété Rimmel, à la Croix Claude. Le célèbre parfumeur avait en effet une maison dans la commune. Le conseil municipal, réuni le 25 octobre 1874, prit la décision d’ouvrir cette voie et de la porter à 16 pieds de largeur. II fut également décidé de payer les terrains nécessaires à l’opération 75 centimes le m2 ! Une commission fut nommée pour examiner le projet et évaluer les dépenses. Les plans dressés, le projet fut soumis à l’enquête réglementaire. Non seulement il n’y eut aucune réclamation ni observation (registre des délibérations du 14 février 1875), mais, outre des cessions gratuites de terrain, il y eut un don de 100 francs pour la réalisation du chemin … Les temps ont bien changé! C’est l’ouverture de cette rue, baptisée avenue de la Comtesse, qui permit, dans les années qui suivirent et au début du siècle, la construction d’imposantes bâtisses: Ker Daniel, le Bretania, Ker Madeleine, Ker Avel, Ker Vern … Le secteur s’urbanisait déjà, grâce à la voie nouvelle … pour aboutir lentement au visage qu’il a aujourd’hui.

La partie sud du quartier s’organisa quant à elle grâce aux libéralités d’un bienfaiteur de la commune, Monsieur Bocuze, qui, dans un premier temps, vers 1900, aménagea à ses frais la rue de la Comtesse. Le niveau en fut abaissé et la voie prolongée jusqu’à la falaise … Dans un second temps, par lettre du 28 septembre 1913, M. Bocuze informait la municipalité de son intention d’ouvrir une route qui partirait du local du bateau de sauvetage, au port, pour rejoindre la rue de la Comtesse. II prenait à son compte tous les travaux de la route destinée à améliorer les communications du Portrieux à la grêve de la Comtesse. De son côté, Monsieur Héry offrait gratuitement le terrain nécessaire à son établissement. Les belles arcades de pierre de taille qui constituent le soutênement des terrains limitrophes sont dûes à Monsieur Baudrit, architecte, et à Monsieur Renaud, entrepreneur. Elles ont été réalisées dans le style des ouvrages d’art du chemin de fer départemental, mais le train n’a jamais emprunté cette voie ! Les travaux terminés, cette route fut cédée à la commune, à charge pour elle d’en assurer l’entretien. M. Bocuze baptisa sa réalisation tout simplement et encore … « avenue de la Comtesse » ! Cela est d’ailleurs encore gravé dans la pierre de taille à l’entrée de la rue, à droite en montant. Plus tard, cette voie fut rebaptisee rue Bocuze en l’honneur de l’homme qui en avait permis la réalisation.

En 1931, la municipalité songeait déjà à prolonger cette artère jusqu’à l’avenue de la Comtesse, en direction du sémaphore. Diverses circonstances, dont le seconde guerre mondiale, ont empêché la réalisation du projet. C’est désormais chose faite.

L’île de la Comtesse

 

Les ruines, murs et ouvrages qui se trouvent sur l’île ne sont pas des restes de fortifications, ni des vestiges de château féodal. Selon Etienne Le Nordez, dans son « Guide des Baigneurs » 1890, « avec ses allures de fortin désarmé, l’ile de la Comtesse fait un fond de tableau très artistique. Séparé de la côte il n’y a peut être pas deux siècles (mais là, il se trompe, puisqu’au XIIIème siècle, on parlait déjà de « l’isle »), ce pittoresque mamelon est aride autant qu’escarpé. Dans le jour, les pauvres gens y mènent leurs chêvres paître une herbe maigre, mais, par les belles soirées d’été, il pourrait, dit-on, prendre le nom d’île de Cythère ».

En 1872, un original offrit aux héritiers de Madame des Thuilais d’acquérir l’île à un prix inespéré. Il avait de superbes projets, et on put bientôt en juger. D’abord, il fit apporter à dos d’homme une quantité considérable de terre végétale. Puis on vit s’élever tout un système de murailles épaisses et hautes qui devaient, sans masquer les vues merveilleuses de la terre et de la mer, capter le soleil et défier l’ouragan. Et aux intrigués qui le questionnaient, il expliquait, souvent en vers, car il était poète, ses plans féériques : « au milieu de riants jardins et à l’abri de murs tapissés d’espaliers de vignes, d’églantiers et de lierre, se nicherait un castel discret et confortable. Dans la pleine masse du granit serait creusé un vaste réservoir, à la fois baignoire et vivier, qu’aux grandes marées la mer elle-même viendrait alimenter. D’une anse de l’île, on ferait un bassin à flot oÙùs’abriteraient un bateau de pêche et un yacht de plaisanceuot;.

Pourquoi toutes ces merveilleuses choses ne furent-elles pas réalisées ? On a dit à l’auteur des « Plages de France » que le Génie Militaire s’était opposé aux constructions. On a fait courir le bruit que c’était le Fisc qui en avait entravé l’exécution. L’explication réelle ne serait-elle pas plus simplement celle d’un homme qui avait bâti des châteaux en Espagne et n’avait pu réaliser son rêve?

La commune est devenue propriétaire de l’île en 1975, en l’achetant à Monsieur Verhille. La cale d’accès, démolie depuis longtemps par les flots, a été reconstruite, un débroussaillage effectué, des plantations d’ornement réalisées, une consolidation des murs les plus atteints engagée. L’île, accessible à marée basse, permet d’avoir un beau point de vue sur la côte et, pourquoi pas, de se prendre pour le châtelain des lieux.

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