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Le nom de la commune

Saint-Quay-Portrieux est l’adjonction du nom de deux quartiers différents. Il convient donc d’étudier séparément l’origine des noms de St-Quay et du Portrieux. L’HISTOIRE DE SAINT-QUAY

La commune aurait été fondée par un ermite du nom de Ké ou Quay, qui lui aurait donné son nom. 

La réalité historique n’est pas aussi simple. Avant que les moines irlandais ne franchissent la Manche au Vème siècle de notre ère, la région était habitée depuis fort longtemps! Avant même l’arrivée des Romains, Kertugal ( de « Ker tud Gall », la demeure des Gaulois) était un village important, qui entretenait des relations maritimes avec les îles britanniques. Un village existait donc avant l’arrivée de St-Quay, depuis au moins 500 ans, puisque Jules César, dans ses « Commentaires » (56 av. lC.), le mentionnait comme l’un des points de défense des Armoricains. 

La légende de l’ermite Ké

Plusieurs auteurs se sont penchés sur les origines et la vie du saint fondateur de la ville. A ces documents historiques s’ajoutent les légendes que la tradition orale nous a transmise. On peut s’en faire une idée à la lecture d’un ouvrage du Père Albert Le Grand, publié en 1636, relatant la vie des saints de la Bretagne Armorique. 

La commune ne s’est pas toujours appelée ainsi. Dans les plus anciens documents, on trouve successivement St-Scophili sur Mer en 1158, St-Colodoc en 1181 et St-Kécolodoc en 1197. Si le premier de ces noms peut être attribué à un autre personnage, les deux autres concernent bien le fondateur de cette paroisse. C’était d’ailleurs, à l’époque, un prieuré-cure dépendant du monastère de Léhon, près de Dinan. Par la suite, elle constitua l’une des nombreuses enclaves de l’évéché de Dol, avant de réintégrer celui de St-Brieuc (cf article sur la paroisse de St-Quay). 

La légende affirme donc que Saint Ké (ou Kenan) ayant quitté l’Irlande dans une auge en pierre, « sans vivres, sans voile et sans avirons Il (sic), se trouva miraculeusement en vue de nos côtes à l’entrée de l’anse de Kertugal, qui était le port de l’époque. En apercevant un aussi étrange voyageur, sans vêtements, affamé et à bout de forces, les lavandières accoururent. Comme il étendait la main pour les bénir, elles virent briller son anneau pastoral et furent convaincues qu’il s’agissait de quelque esprit maléfique. S’armant de ce qui leur tombait sous la main, des branches de genêts, elles se mirent à frapper le pauvre homme, qui s’évanouit et, s’approchant au bord de la falaise, elles tendirent le coup pour voir si le malheureux était bien mort. Ce geste expliquerait pourquoi les femmes de la commune ont le cou anormalement long!. 
Laissé pour mort, le moine parvint à se traîner en haut du chemin, suppliant la Vierge de lui venir en aide. C’est alors que, répondant à ses suppliques, celle-ci lui apparut et fit jaillir sous ses pas une source dont l’eau le ranima et soulagea ses blessures. La Vierge le conduisit ensuite à un endroit où croissait une ronce de taille gigantesque sous laquelle il put trouver refuge. Avant de la quitter, elle lui assura que, touchés par la grâce, les habitants du pays se convertiraient sans retard. Le lendemain, il fut réveillé par les supplications des femmes qui venaient implorer son pardon. 

Par la suite, on construisit à cet endroit une chapelle, connue sous le vocable de Notre-Dame de la Ronce. Détruite en 1875, elle occupait l’emplacement de l’actuel office du tourisme. Sous l’autel, on trouva une racine de ronce de taille exceptionnelle!!! Quant aux genêts qui avaient armé les bras des sacrilèges, ils furent maudits et ne poussent plus depuis sur le territoire de la commune. Par contre, l’eau de la source coule toujours à la fontaine Saint-Quay et est dôtée d’une vertu spéciale qui a le pouvoir de guérir les blessures. 

Longtemps conservé comme relique, le navire de Saint Ké disparut, ne laissant subsister que la fameuse auge en pierre. On peut cependant expliquer raisonnablement ce phénomène de l’auge de pierre, car celle-ci avait à l’époque, à bord des navires, un triple usage : celui de lester les bâteaux en assurant la stabilité des embarcations, de bloquer le mât qui venait s’encastrer dans la partie creuse et de servir de réserve d’eau douce durant le voyage. Louis Kervran, membre de l’Académie des Sciences de New York, indique dans un ouvrage récent consacré à St-Brandan, que les fameux navires de cuir utilisés par les Celtes et appelés « curraghs » ou « coracles » étaient lestés de la sorte. Ainsi, la recherche et la science rejoignent la légende … 

Le chef de Saint Ké, conservé dans un reliquaire, a été donné en 1596 par la « Dame des Fontaines ». 

Ce sont les cahiers de la paroisse qui racontent comment le chef de St-Ké est arrivé dans la commune: lien l’an 1596, on est allé à St-Malo recevoir de la Dame des Fontaines (manoir toujours existant) le chef de St-Ké. Le père Guillemot, Prieur de Beauport, était commissaire nommé par l’évèque ». Comment le crâne était-il arrivé dans la cité corsaire? Personne ne le sait. Peut-être s’agit-il d’ailleurs d’une translation de reliques. Mais est-ce réellement important puisque cela n’enlève en rien à la renommée du saint patron « dont le nom est si doux parmi nous » comme le dit le cantique repris par les fidèles le dimanche? 

Un Pardon est célébré le 3ème dimanche de septembre, mais il n’a plus l’éclat d’antan … 

Si on laisse de côté la légende, la vie réelle de Saint-Ké n’en reste pas moins passionnante … 

Kenan naquit en l’île de Bretagne (Angleterre) de parents nobles et riches. Son père s’appelait Ludun et sa mère Tagu. Il fut surnommé « Colodoc » (le chéri). Il se rendit si accompli en toute sorte de sciences qu’il fut admis au sacerdoce, puis élevé à la dignité épiscopale. C’est au nord du Pays de Galles, près de Bangor, que l’on trouve son premier ermitage : Llandig.u..ay. On le retrouve ensuite près du célèbre monastère de Glastonbury, dans le Devon. C’est là qu’il est fait mention d’une terre appelée Lantokay dans l’une des plus anciennes chartes de cette abbaye datée de 725. Puis à l’ouest, sur les rives de l’aber de Truro, existe une bourgade de Landdey, qui figurait sous le nom de Landeg.!.œ. dans un registre de 1225. Sur la rive droite de l’aber, on découvre un lieu-dit Km. En 1086, on l’appelle Sanctus Ke, puis Langi~ : c’est là que se dresse encore aujourd’hui la tour de la vielle église de Kea au milieu d’arbres, au bord d’une rivière (Old ~).

Plus tard, n’estimant pas avoir les épaules assez fortes pour supporter la charge épiscopale, Kenan se démet de sa charge d’évèque et se retire dans un ermitage situé au sud du Pays de Galles, dans la province de Cambrie. C’est là qu’il lui fut indiqué, « en lafaveur d’une oraison », qu’il devait se munir d’une clochette à la façon des ermites de ce temps-là et marcher jusqu’à un lieu nommé « Roz Ene » pour y bâtir un ermitage où il attendrait que Dieu lui parle à nouveau. Pour l’avertir qu’il serait arrivé au bon endroit, la clochette devait sonner d’elle même. Colodoc, accompagné de quelques saints personnages de ses amis, suivit à la lettre les ordres divins. 

Ayant cheminé quelques jours, ils se trouvèrent fatigués en chemin et, pour se délasser, se jetèrent sur l’herbe verte près d’un bras de mer nommé Hildrech. Comme il s’entretenait avec ses confrères, il entendit la voix d’un homme sur le bord de l’eau qui demandait en criant à un autre, qui était sur la rive opposée, s’il n’avait pas vu ses vaches qu’il avait égarées depuis quelques jours. Ce à quoi l’autre répondit qu’il les avait vues la veille à « Roz Ené » ! St-Quay, ayant entendu ce nom, descendit sur la grêve de ce bras d’eau, laquelle, depuis, fut nommée en langage breton gallois Krestenn Ke. (grêve de St-Ké). Ils passèrent ce bras de mer et entrèrent dans une épaisse forêt où la cloche que le saint portait commença à sonner. Ayant défriché le lieu, Colodoc et ses compagnons édifièrent une chapelle (qui existe toujours) puis un ermitage disposant de cellules pour leur méditation et leur repos. 

Il existait près de ce lieu un beau château nommé Cudrun dans lequel demeurait un prince nommé Théodoric, lequel, chassant un jour, poursuivit un cerf jusqu’en l’ermitage du saint. Celui-ci n’ayant point voulu lui dire où était le cerf, le seigneur entra dans une telle colère qu’il enleva sept boeufs et une vache appartenant à St-Ké, dont il se servait pour tirer sa charrue. Mais, dès le lendemain, il se présenta au moine pareil nombre de cerfs, qui se laissèrent atteler à la charrue et achevèrent le labour. En mémoire de cette merveille, le champ fut nommé, en breton gallois, « Guestel Guervet », c’est à dire le champ aux cerfs. Théodoric, bien qu’ayant vu de ses yeux les cerfs attelés à la charrue, ne fut pas touché par ce prodige. St-Ké lui ayant demandé de lui rendre ses boeufs, il le frappa si durement au visage qu’il lui fit tomber une dent! Kenan alla se laver la bouche à la fontaine de son ermitage et en fut aussitôt guéri, si bien que cette eau a retenu la vertu de guérir du mal de dents ! Quant à Théodoric, Dieu le punit de ses excès : frappé d’une dangereuse maladie, il fit appeler St-Ké, lui demanda humblement pardon et lui fit don de douze arpents de terre sur lesquels fut bâti un monastère. 

Puis St-Ké résolut de passer la mer pour aller en Bretagne Armorique. Il s’embarqua au port de Landegue et fit voile jusqu’à la côte du Léon, où il débarqua à Cléder (Finistère-Nord). Il y tomba malade et rendit son âme à Dieu le premier samedi d’octobre, en l’an 495. Il fut inhumé dans son oratoire qui fut plus tard ruiné par les guerres. C’est ainsi que la mémoire du lieu de sa sépulture se perdit. Les années passèrent, jusqu’au jour où l’un des habitants de Cléder, Britanliensis, fut visité par un ange qui lui commanda de creuser du côté droit du cimetière, de lever le corps de St-Ké et de lui offrir une sépulture honorable. C’est alors que le saint homme apparut aux moines du monastère gallois Roz Ene, qui furent chargés de transférer ses reliques en son dit-monastère. Ce qui fut fait. 

Ainsi qu’on l’a vu, Kenan n’était pas parti seul fonder son monastère, « commandé par Dieu ». Parmi la petite troupe, il y avait Saint-Péran, encore appelé Kerian, qui vécut à Lanpiran, sur la côte nord de la Cornouaille anglaise, près de Landgea. En Bretagne Armorique, on retrouve StPéran comme patron de la paroisse de Trézilidé, ainsi que près de St-Poi de Léon et au Camp de Péran, en la commune de Plédran, là où les vikings, qui mettaient à sac la région après y avoir établi une base fortifiée, furent vaincus par Alain Barbetorte. 

Un autre compagnon, Phili, ou encore Fili ou Philleigh, a laissé beaucoup de traces, en Angleterre, au pays de Galles, en Cornouaille anglaise comme en Bretagne. La paroisse de St-Philleigh est située vis à vis de celle de Kea, de l’autre côté de la rivière. On trouve donc St-Quay et St-Phili honorés côte à côte en Cornouaille comme en Bretagne. On retrouve aussi cette association dans le nord du Comté de Devon où la commune de Lendegea n’est qu’à quelques kilomètres d’une autre appelée Filleigh. On retrouve le nom de Phili en Bretagne: Kerfily en Erven à Tréfily, à St-Malo-De-Fily (actuellement Fily) sur une hauteur de la Villaine entre Rennes et Redon, mais aussi à lamphily, qui se trouve près d’une voie romaine entre St-Yvy et Concarneau. Enfin, c’est peut être à ce saint que la paroisse de Brusvily et le lieu-dit « Lervily » près d’Audierne doivent leur nom. 

Il est donc tout à fait intéressant de noter que la ville s’est d’abord appelée St-Scophili (qui, lui, pourrait être venu ici) jusqu’en 1158, ce fait étant attesté par une bulle d’Adrien IV datée du 4 mars de ladite année. Puis, elle devint cette même année St-Colodoc (surnom de Kenan) jusqu’en 1197, tel que le mentionne un traité passé entre les abbayes de St-Magloire de Paris et St-Magloire de Léhon, près de Dinan. Une charte du Cardinal Rolland permet de constater que le territoire de ces deux paroisses est le même. Le doute n’est plus permis: il s’agit bien de la la même paroisse. Or, à la même époque et jusqu’en 1437, la paroisse de Kea, en Cornouaille britannique, s’appelait Sanctus Kekoledocus. Albert Le Grand ne se trompait donc pas quand il affirmait que Colodoc était le surnom de St-Quay. 

Puis ce furent successivement St-Ké-Colodoc, Saint-Ké du Port, St-Quay-Etables, pour devenir finalement St-Quay-Portrieux. Si cette nouvelle orthographe peut porter à confusion avec les noms de ports britanniques de Torquay et Newquay, ceux-ci ne semblent pas avoir de rapport avec Kenan. Le chanoine Duine supposait que ces changements de St-Scophili en StColodoc, puis en St-Kécolédoc venait du fait que la paroisse de St-Scophili possédait une chapelle St-Ké-Colodoc qui devint église paroissiale. 

La venue de Saint-Quay dans la commune est donc plus qu’hypothétique. On sait de façon probable que Kenan a étudié à Tours avant de s’en retourner en Irlande pour fonder un monastère. En revanche, on ne trouve pas trace de son passage sur les côtes quinocéennes. Mais un fait est certain: n’allez jamais dire à un quinocéen que St-Ké n’est jamais venu ici!!! 

L’ORIGINE DU NOM DE « SAINT-QUAY »

On l’a vu, St-Ké reçut des femmes de Kertugal un accueil plutôt … mouvementé et douloureux, avant de donner son nom à la commune. 

Mais il se pourrait que le nom « Quay » vienne, non pas du nom du moine, mais du fait qu’en l’accueillant aussi « chaleureusement », les Kertugalaises aient crié « Quay! quay ! », ce qui signifiait, dans le langage de l’époque: « tapons! tapons ! ». Ce mot viendrait du verbe latin « caiare » qui signifie « frapper avec un bâton ». Il est fort possible que les Kertugalaises aient crié « CaÎa ! » (« frappe ! « ) en accueillant le pauvre moine, car, au contact des Romains, les populations de toute la Gaule avaient naturellement pris un langage dans lequel les mots latins corrompus figuraient en grand nombre … D’où le nom de Quay, par déformation. 

Mais ce nom pourrait aussi venir du prénom romain « Caïus » qui aurait été véritablement celui du « premier curé » de la paroisse. 

Enfin, Quay pourrait signifier « le battu », « le martyr », les ouailles du moine ayant voulu l’honorer après l’avoir fustigé … 

On le voit, les explications sont nombreuses et historiquement probables. Dans le doute, mieux vaut se référer à la légende … 

L’ORIGINE DU NOM DU « PORTRIEUX »

D’où vient ce nom? Plusieurs acceptations sont possibles: 

– la 1ère est celle du nom d’un filet de pêche appelé « rieu » qui, par contraction, aurait donné Portrieux. 

– selon la 2nde, ce nom découlerait de la pratique des feux allumés par les Armoricains sur les points les plus élevés de la côte. Ils servaient de repêres aux marins qui, dans le patois de la région, s’appellaient « rieux ». Ces feux étaient en effet allumés sur les deux pointes des falaises fermant le port. 

– certains documents du XVIIlème siècle mentionnent tantôt Portherieux, tantôt Porterieux. Il est peu probable que les noms de Pontrieux et Portrieux aient quelque chose en commun, bien que le mot « port » ou « porz » en breton ait deux significations: port ou cour. 

– en 1298, Henri d’Avaugour, comte de Goëlo, décide de se faire moine et restitue au couvent de Léhon un manoir situé au Portrieux dit du « Tallud » et « proche d’un oratoire oit se rendait haute, moyenne et basse justice apud Portum Orieut » (près du Port Orieut). Cette anse se trouvait à l’est (orient). Le mom « Orieut » serait-il une déformation du mot « orient » ? En tout cas, l’oratoire, alors dédié à St-Clément, a été remplacé depuis par la chapelle Ste Anne du Port

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