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La commune durant l’occupation

1943 : LA TRAGEDIE DU VICKING 

Les évasions de France durant la 2nde guerre mondiale n’eurent pas toutes une heureuse conclusion, ainsi qu’en fait foi le récit suivant. .. 

En 1943, 19 jeunes gens de St-Quay-Portrieux décidèrent de rejoindre les Forces Françaises Libres en Grande Bretagne, en s’évadant à bord d’un cotre à moteur, « Le Vicking ». Il s’agissait de Jean Allenou, Louis Barthélémy, Alfred Boyer, Roger Delachoue, André Fauchon, Georges Gergault, Joseph Hazif, André Lannic, Paul Leblanc, Bernard Lechaux, Raoul Le Joncour, Roger Old, JeanSalaün, Emmanuel Salaün, Henri Seven, Jacques Seven et Pierre Sylvestre. Le patron du bateau, Pierre Labbé, qui doutait du succès de l’opération, refusa de partir avec les garçons, estimant qu’il était impossible de déjouer la surveillance de la Gast allemande (douane) installée en permanence sur le port, ainsi que celle des postes disséminés sur la côte (Mur de l’Atlantique) et de la Kriegsmarine. 

Aucun des jeunes gens n’avait de grandes connaissances nautiques, mais les réticences du patron ne diminuèrent’ pas leurs enthousiasme patriotique. Le plein d’essence fait, les vivres approvisionnées à bord, ils quittèrent le port du Portrieux le 6 avril à 23 h 00. 

Comme il ne fallait pas attirer l’attention de la Gast, qui aurait ouvert immédiatement le feu, le cotre fut, afin de ne pas faire de bruit, remorqué par un canot dans lequel godillait Fauchon. La godille cassa, mais le navire était hors du port, et le moteur put être mis en route. 

Le temps était franchement mauvais, mais encore maniable. Cependant, le vent fraichissait rapidement du nord-ouest et une violente tempête se déchaîna. Les passagers n’avaient pas le pied marin, et ils se trouvèrent bientôt malades à fond de cale, cependant que, plus solide, l’homme de barre s’efforçait de maintenir le canot dans la bonne direction, malgré le vent debout et la mer en furie qui secouait le Vicking sur ses énormes vagues. 

Au matin, quand le jour se leva, aucune terre n’était en vue, la tempête faisait toujours rage, mais la direction devait être bonne. 

Vers Il heures, ils aperçurent une terre. N’ayant aucun moyen de faire le point, et ne sachant pas d’ailleurs comment ils auraient pu s’y prendre pour le déterminer, ils se demandèrent quelle pouvait bien être cette terre inconnue. Ils avaient estimé à 20 heures la durée de la traversée jusqu’en Angleterre : ce ne pouvait être qu’elle. 

Pourtant, ce n’était pas l’Angleterre, mais l’île anglo-normande de Guernesey, occupée par les Allemands qui, surveillant la mer, finirent dans l’après-midi par apercevoir le Vicking et envoyèrent une vedette armée pour l’arraisonner. La mer était encore très houleuse, et il fallut bien de la peine pour saisir la remorque qui amena le navire au port de St-Pierre (St-Peter). Le moteur du cotre, qui fonctionnait mal depuis un moment, venait de s’arrêter. Le généreux projet d’évasion venait de sombrer dans la tempête … 

Les réfractaires furent arrêtés, puis enchaînés deux par deux et ramenés à St-Brieuc, où ils furent emprisonnés. A St-Quay-Portrieux se trouvait le siège départemental du Parti Populaire Français (P.P.F. vichyste) dont des membres pratiquaient la délation contre leurs compatriotes. On pense qu’ils ne furent pas étrangers à l’arrestation ultérieure de Seven père, de Pierre Labbé, patron du « Wicking », et du jeune Robert Henry, qui les avaient aidés. Tous furent déportés, soit 22 personnes. Six seulement revinrent des Camps de la Mort : Auguste Allenou, Louis Barthélémy, Bernard Lechaux, Armand Lechaux, Roger Delachoue et Roger Old. 

(extrait de J. Gourio ). 

Une stèle fut érigée pour commémorer cette tragédie et leur rendre hommage en 1954, sur le chemin de ronde, face à l’île de la Comtesse. Un tournoi de football est organisé chaque année, qui porte le nom de « Tournoi du Viking ». 

1943/1944 : L’HEBERGEMENT DES AVIATEURS ABATTUS 

En se rendant de St-Brieuc à Paimpol, on voit sur la droite, avant d’arriver à Tréveneuc, une maison construite au fond d’un jardin séparé de la route par une grille, appelée « La Chimère ». Ici se déroulèrent des faits de résistance durant l’année 1943. 

Dans cette maison résidait Mme Emilie Cellarié, ancienne combattante d’Orient pendant la Grande Guerre, ancienne infirmière sur le front serbe et … ancienne prisonnière des Bulgares! Mme Cellarié pouvait donc considérer, lorsqu’éclata la 2nde guerre mondiale, qu’elle avait accompli bien plus que son devoir et pouvait se ranger du côté des gens paisibles en attendant la suite des événements. Mais cela n’était pas dans son caractère! 

Pendant le douloureux exode de 1940 qui amena dans la région de nombreux réfugiés, elle se dépensa avec acharnement pour les aider, allant jusqu’à en héberger 26 à la fois ! Puis vint l’Occupation. 

En avril 1943, le capitaine Lanlo, de St-Quay-Portrieux, chef pour la Bretagne du réseau d’évasion Mithridate, qui savait qu’on ne faisait pas appel en vain aux sentiments patriotiques de Mme Cellarié, lui demanda d’héberger 5 aviateurs alliés dont les appareils avaient été descendus en Belgique et dans le nord de la France. 

Ces hommes, 1 Britannique, 2 Canadiens, 1 Américain et 1 Russe, attendaient sur nos côtes un embarquement pour l’Angleterre afin de reprendre le combat. Depuis 3 jours, ils étaient cachés les uns chez Mme Hervé aux Besaces, les autres chez M. Menguy, à St-Barnabé en Plourhan, mais ces personnes avaient perçues des rumeurs qui pouvaient être le présage d’une dénonciation. Accompagnée d’une amie, Mme Cellarié se rendit aux Besaces et à St-Barnabé pour s’enquérir de la situation, puis elle accepta d’héberger les 5 aviateurs. 

Le lundi suivant, MM. Jérôme Camard, maire d’Etables sur Mer, et son fils Jean vinrent lui conduire 9 autres aviateurs, dont 2 Polonais. Elle accepta cette nouvelle charge. 

A ce moment, la Wehrmacht lui signifia qu’elle aurait à loger chez elle 10 soldats allemands. C’était la catastrophe ! Heureusement, M. Cellarié réussit à détourner l’attention des soldats ennemis qui se préparaient à entrer chez lui et à les conduire au bourg sous un prétexte quelconque. Les 14 aviateurs qui, anxieusement, guettaient à travers les volets clos les allées et venues des hommes en feldgrau en profitèrent pour se glisser dans la campagne et s’y cacher. Finalement, les Allemands renoncèrent à leur projet d’occuper la maison et Mme Cellarié récupéra tout son monde. Les 14 aviateurs finirent par quitter « La Chimère » pour tenter, faute d’embarquement possible, de gagner clandestinement l’Espagne et de rejoindre l’Angleterre. Mais leur voyage, semé d’embûches, ne fut pas toujours très heureux, et les 2 Polonais se firent prendre à Tarbes. 

A la Pentecôte 1943, MM. Camard père et fils, accompagnés de Louis Manach, minotier à Carhaix, lui amenèrent un nouveau groupe de 3 aviateurs tombés en Bretagne. L’un d’eux, William Martin, avait été blessé au côté par balles ou éclats alors qu’il descendait en parachute. Un autre, Nells, grièvement touché, avait une fracture ouverte du tibia et faisait une septicémie générale. M. Manach avait disposé un matelas sur le plancher de son camion, et les trois aviateurs y étaient étendus. Par dessus eux, des tas de fagots avaient été soigneusement empilés. En cours de route, à la grande peur des convoyeurs, les soldats allemands stoppèrent le camion à plusieurs reprises, et fourragèrent à la baïonnette à travers les fagots. Fort heureusement, les aviateurs ne bronchèrent pas. 

La fracture de Nells fut réduite par le Dr Prigent, venu pour cela de St-Brieuc et, pendant les 49 jours que le blessé passa chez elle, Mme Cellarié, reprenant ses anciennes fonctions d’infirmière militaire, lui prodigua les meilleurs soins. W. Martin et son compagnon indemne passèrent 10 jours chez elle avant d’être conduits chez Mme de Mauhuit, à Plourivo. Mais là, ils furent découverts par les Allemands qui les prirent en chasse. Les deux hommes durent s’enfuir et revenir à pied chez Mme Cellarié en longeant la voie ferrée qui existait à l’époque entre St-Brieuc, Paimpol et Tréguier, et qui passait par Tréveneuc. Ils ramenaient avec eux 3 autres aviateurs qui, n’osant pas entrer chez elle, se camouflèrent dans la campagne. 

Ce fut en pleine nuit, à 1 heure du matin, que, ayant eu connaissance de leur existence, elle se lança à leur recherche dans les champs, malgré les patrouilles allemandes qui sillonnaient les routes. Après avoir cherché longtemps et s’être donnée beaucoup de mal, elle fut assez heureuse de les découvrir et finit par les convaincre de l’accompagner chez elle. Parmi les aviateurs valides, deux furent renvoyés quelques jours plus tard chez Mme Charnaux et deux autres chez M. Ligeron, tous deux habitant St-Quay. Les trois autres furent renvoyés sur une autre direction. Nells, le blessé, fut, une fois guéri, emmené en auto à la gare de St-Brieuc par M. Etienne, qui devint plus tard maire de St-Quay-Portrieux, et qui le remit aux bons soins de Mme de Poulpiquet. 

Mme Cellarié et son mari, qui était malade et ne pouvait guère la seconder, ne recevaient comme tout le monde que des tickets de rationnement pour assurer leur pauvre ravitaillement. Ce n’était pas avec ces moyens légaux que leur hôtesse pouvait songer nourrir les jeunes et vigoureux appétits des aviateurs … 

Aussi courait-elle de ferme en ferme pour trouver des denrées dont l’importance ne tarda pas à la rendre suspecte près de gens qui, parlant entre eux de ses étranges allées et venues, ne tardèrent pas à la soupçonner de faire du marché noir. Ils ignoraient à qui allaient ces provisions et que c’était sans aucun secours ni aide financière que Mme Cellarié, prélevant sur ses maigres économies, assurait la subsistance des fugitifs dont elle avait accepté la périlleuse charge. 

Un jour d’octobre 1943, les choses se gâtèrent: la Gestapo, qui avait arrêté le 20 juin Jean Camard et le 29 septembre son père, dont c’était le 2ème emprisonnement, s’intéressa aux Cellarié. Sans doute prévenue de leur étrange appétit et intriguée par leurs volets toujours clos, elle dépêcha ses sbires pour les arrêter. Mais tous deux réussirent à s’enfuir et à gagner le fin fonds de l’Anjou, où ils se réfugièrent chez une cousine. Les Allemands profitèrent de ce départ pour piller la villa que Mme Cellarié retrouva à la Libération, abandonnée, vide de tous meubles, les portes et fenêtres battant au vent. 

Elle fut cependant plus heureuse que d’autres protagonistes de l’affaire … 

– le P.C. du réseau régional Mithridate se trouvait à St-Quay-Portrieux chez le capitaine Lanlo, qui dirigeait toutes les opérations. Son père et sa mère hébergèrent au total une trentaine d’aviateurs, mais cela leur coûta cher, puisque l’ennemi ayant eu vent de leur activité, arrêta M. Lanlo père qui mourut en déportation. . 

– M. Ligeron, arrêté lui aussi, mourut en déportation. 

– plus heureuse, Mme Charnaux, qui hébergea elle aussi un grand nombre d’aviateurs, échappa à la Gestapo. 

– Jérôme Camard fut emprisonné pendant plusieurs mois, et ne fut libéré que parce que les Allemands recherchaient son fils évadé, classé « dangereux », et pensaient que le père les conduiraient sans le savoir au repère du fils, ce qu’il se garda bien de faire. Une vingtaine d’aviateurs ont été hébergés au domicile des époux Camard à Etables. A la Libération, ils étaient encore nombreux qui se trouvaient cachés dans la maison depuis 6 semaines. 

– Jean Camard, élève en 1ère au lycée de St-Brieuc, avait abandonné ses études à l’âge de 17 ans et demi pour prendre du service au réseau Mithridate, dès le 26 mars 1941. Ce réseau ayant été mis en sommeil, il passa au réseau Pat O’Leary et revint ensuite à Mithridate qui avait repris son activité. Il fut d’abord chargé de missions d’espionnage à Rouen, promu aspirant, puis chargé de l’accompagnement des aviateurs en transit. C’est ainsi qu’à lui seul, il convoya en un grand nombre de fois un total de 152 aviateurs. Arrêté le 20 juin 1943 à Paris par la Gestapo, il fut emprisonné à Fresnes, Rennes et Angoulême. Condamné à mort en décembre 1943, sa peine fut commuée en 25 années de travaux forcés. Il réussit à s’évader de la gare du Nord à Paris le 6 mars 1944 et à se camoufler jusqu’aux derniers jours de l’Occupation, ce qui lui permit de prendre part, comme F.F.I., aux combats ultimes pour la libération de notre pays. 

AOUT 1944 : LA LIBERATION 

La libération de la commune ne s’est malheureusement pas passée sans qu’il y ait de victime … 

Après le débarquement du 6 juin et la bataille d’Avranches leur ouvrant la route de la Bretagne, les troupes alliées, notamment américaines, conduites par Patton, foncent vers Brest. Les troupes allemandes du secteur amorcent leur repli, fin juillet-début août, vers cette ville, mais aussi vers Paimpol, afin d’y établir des glacis. La résistance de ces poches de résistance conduira à la destruction de Brest par les bombes américaines … Ces troupes occupaient la commune depuis 1940, secondées par des Russes Blancs et des Ukrainiens qui avaient rejoints les rangs nazis. Pendant l’Occupation, ces derniers s’étaient distingués par leur aptitude à boire n’importe quoi, y compris l’alcool à 90 degrés, et à déambuler dans le quartier du port dans un état lamentable ! Ces volontaires devaient suivre les troupes allemandes dans leur retrait. 

Dans le même temps, l’état-major allemand ne voulait laisser à la disposition des Alliés aucun ouvrage qui put faciliter leurs transports ou un éventuel débarquement. Il fut donc décidé de détruire le quai du vieux port. Des explosifs furent mis en place, ainsi qu’un système de mise à feu: un rien aurait suffi alors à détruire l’unique digue du port ! 

Mais le 2 août, profitant de la marée basse et de la nuit, Alphonse Marie Cadot, Adjudant-Chef à la retraite, réussit à s’approcher du quai et à couper les fils du système de mise à feu, anéantissant ainsi tout projet de destruction. Cela allait pourtant lui coûter la vie … Après avoir recherché toute la journée le saboteur, les Ukrainiens parvinrent à l’arrêter dans la soirée et, sans jugement aucun, l’alignèrent contre un mur du Modern Hôtel et le fusillèrent vers 22 heures, avant de se retirer vers Paimpol, les Alliés étant à leurs trousses. 

M. Cadot fut leur seule victime dans la commune, mais les Ukrainiens se « distinguèrent » lors de leur mouvement de retraite vers Paimpol, faisant d’autres victimes dans la région … 

Le tronçon de la rue Joffre où eut lieu l’exécution a été rebaptisé en souvenir de cet événement en l’honneur de l’Adjudant-Chef Cadot, et une plaque commémorative est apposée sur le mur de la Résidence Armor, remplaçant l’ancien hôtel.

Commentaires (2)

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    Charles Lanlo

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    Lorsque les gens évoquent l’action de mon père et de son réseau, Mithridate, ils pensent toujours évasion d’aviateurs, je crois que la confusion était déjà présente pendant la guerre. Mon père avait aidé Val William, chef de la mission Oaktree, lorsque le radio Raymond Labrosse ne réussit pas a communiquer avec Londres pour organiser le départ des aviateurs alliés dont le nombre devenait très important. Avec l’accord de son chef le colonel Bressac ils utilisèrent la radio de Mithridate pour avertir les services anglais qui parachutèrent une deuxième radio. qui ne fonctionna pas mieux que la première, les deux chef de réseau se posèrent la question de savoir si Labrosse n’était pas un traite et s’ils ne devaient pas le traiter comme tel. Dieu merci, ils ne prirent pas une telle décision car Labrosse fut désigné un peu plus tard pour assister Dumais le chef de Shelburn. Quoiqu’il en soit la juxtaposition des réseaux augmentait les risques, d’autant qu’il fut amené à participer activement et que ses parents hébergeaient des aviateurs
    Le réseau de renseignement Mithridate, sur l’ensemble du territoire était très secret et reste soixante dix ans après très discret.

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    VILLENEUVE Jean-François

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    J’aimerai apporter une précision sur saint Quay pendant l’occupation.
    Le réseau d’évasion OAKTREE, a été créé par Val William et Raymond Labrosse, deux agents canadiens parachutés en mars 1943. Avec l’aide de la Résistance ( entre autre le Capitaine Jean LANLO), ce réseau permit à pas moins de 175 aviateurs alliés de relier l’Angleterre ou l’Espagne.
    Des événements tragiques, notamment l’échec du Plan Bonaparte à Saint-Quay-Portrieux, mirent fin à ces opérations. Le réseau Sainte-Beuve, via l’Espagne, prit alors notamment le relais.
    Sans ces partisans du réseau OAKTREE, pour la plupart torturés, déportés ou assassinés, le plus célèbre réseau SHELBURN n’aurait pas existé.
    Sans ces résistants, ces patriotes, prêts à se sacrifier pour défendre la liberté, point de Libération. Gardons en mémoire ces héros d’ici, humbles et courageux.
    M. MOREAU et sa mère Pauline BRINGUET ont été très impliqués dans ce réseau, il ne faut pas oublier aussi que sept hébergeuses Quinocéennes ont risqué leur vie pendant cette période, c’est pourquoi nous envisageons de mettre une plaque commémorative lors de la commémoration du 8 mai 2015 en hommage à tous ces résistants.
    Je me tiens à votre disposition si nécessaire .
    Cordialement
    M. VILLENEUVE JF

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