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La Chapelle Sainte-Anne du port

Cette chapelle se situe au Portrieux, au sein de l’ancien quartier des pêcheurs, sur une place portant son nom.

Ses origines sont très anciennes : à cet emplacement s’élevait autrefois un oratoire dédié à SaintClément, protecteur des marins, dont l’exigüité laisse à penser que les habitants du lieu ne pêchaient point par excès de religiosité. Mais Saint-Clément, s’il était le patron des bonnes gens, n’était-il pas dans le même temps « le protecteur de ceux qui ont besoin d’indulgence en arrivant à la porte du ciel » ?

En 1278, lorsqu’Henri d’Avaugour se fit moine, il restitua aux moines de Léhon, près de Dinan, les biens dont ils avaient été spoliés, et en particulier « le manoir et l’hébergement apud Portum Orieut » (près du port d’Orient). Dans une charte du XIIIème siècle de l’abbaye de Beauport, on trouve le nom dece manoir: « la maison noble du Tallud, située proche d’un oratoire … « 

Toujours est-il que les femmes des marins partis au loin pour de longues saisons de pêche reportaient leurs espoirs et leurs prières sur Saint-Clément. II existait à l’époque, juste à côté de l’oratoire, un tribunal où l’on rendait « haute, moyenne et basse justice » sous l’autorité du baron de la Ville Mario ou son représentant. Les jugements de ce tribunal étaient affichés sur la porte de la chapelle. La rue du Commerce s’appelait d’ailleurs, avant 1919, la rue de l’Audience, legs de ce lointain passé … Dans un procès de prééminence daté de 1731, au sujet des armes figurant dans la maîtresse vitre de l’ancienne église paroissiale de Saint-Quay, il est dit que « les seigneurs de la Ville Mario étaient, de temps immémorial, les premiers prééminenciers de la paroisse et que leurs armes devaient figurer en premier chef dans les chapelles et églises de cette paroisse, à savoir … la chapelle Ste-Anne, près de l’auditoire oÙ se rendait la haute, moyenne et basse justice au Portherieux ».

Le nombre de marins s’accroissant et l’oratoire étant de plus en plus fréquenté au fil du temps, il devint trop petit. Il fut donc décidé de construire une chapelle qui s’y substituerait, mais Saint-Clément ne sera « dépossédé » de son édifice au profit de Sainte-Anne qu’en 1643. Cette chapelle fut construite à la suite d’un voeu à l’emplacement même de l’oratoire par des pêcheurs islandais. Tous les documents attestent qu’elle existait bien avant 1450. Ainsi, en 1380, les archives signalent que « les Seigneurs de la Ville Mario rendaient la justice en leur auditoire proche de la chapelle Sainte-Anne ». L’édifice primitif fut sans doute remanié entre 1450 et 1475, et plusieurs fois modifié par la suite. Pourtant, il s’avéra à son tour trop exigu.

Les habitants décidèrent donc de construire une chapelle plus vaste : d’après le cahiers des délibérations, le Général de la paroisse statua que l’on reconstruisit, sur un plan plus étendu, la chapelle qui tombait en ruines. Les travaux commencèrent en 1770. Messieurs Fichet frères étant chargés de mener à bien la construction. On ne recourut pas à cette occasion au savoir d’un architecte pour dresser un plan: il fut simplement décidé qu’on construirait quatre murs, une porte, des fenètres et un toit, le tout devant être plus solide qu’élégant. Des engagement furent pris : les armateurs devaient fournir les pierres, les cultivateurs faire les charroyages (transport des matériaux), les femmes apporter le grou en sac sur leur dos, tandis que les enfants devaient servir de maçons !

Le paiement des ouvriers échut aux pêcheurs. Le système de financement, original, mérite qu’on s’y attarde. Ceux qui faisaient la pêche côtière devaient vendre leur pêche du dimanche ou des jours de fête d’obligation au profit de la chapelle. Les goëlettes partant pour Terre-Neuve, elles, emportaient dans leurs flancs, un baril de sel béni. Au retour, la morue ainsi salée était vendue à un prix supérieur au reste de la pêche. Les familles pieuses se faisaient un devoir de l’acheter en premier, de préférence à toute autre pêche. Ce système, appelé la « part à Dieu », permit de trouver rapidement des fonds pour la construction de la chapelle. Longue de 18,40 m et large de 6,20 m, elle est éclairée par six fenètres en plein centre. On y accède par une porte principale, également en plein centre, et une porte latérale carrée.

Restait à la pourvoir d’ornements. La « part à Dieu » permit de la dôter d’un autel en marbre polychrome d’Italie, don des marins et pêcheurs du pays, et d’ornements divers. Ainsi, la chapelle contient un tableau représentant le port en 1777, avec la jetée de la Priauté (aujourd’hui disparue) protégeant les goëlettes islandaises, et au premier plan Ste-Anne et StJoachim faisant lire les Ecritures à Marie enfant. L’édifice abrite aussi des statues : l’une représente St-Augustin, l’autre St-Clément. A cette époque, même si Sainte-Anne avait remplacé ce dernier dans le coeur des Qionocéens, on lui onsacra malgré tout une statue afin qu’il continue à assurer ses bons offices ! La tribune à l’intérieur était autrefois réservée aux pêcheurs : les marins à terre suivaient les offices religieux de la mezzanine qui leur était allouée. Les armateurs, au nombre de huit jusqu’avant guerre, occupaient quant à eux des petits bancs fermés et situés près des murs. Après la guerre, ces bancs furent supprimés.

La « part à Dieu » permit d’assurer l’entretien de la chapelle jusqu’en 1789. Pendant la Révolution, Monsieur Le Mée, Sieur des Fontaines, acquit la chapelle en 1792 comme Bien National, en même temps que la chapelle Saint-Roch de Kertugal qu’il fit détruire en 1800 ou 1806. Il eut pour cela des démélés avec le clergé, les habitants et le conseil municipal jusqu’à sa mort, à cause de ce bien jugé mal acquis. Le 12 juin 1810, Mgr de Caffarelli, évèque de St-Brieuc, permit la réouverture de la chapelle pour y célébrer la messe. En 1820, les pourparlers furent engagés avec le Sieur des Fontaines en vue de la cession de la chapelle à la paroisse. En vain … Après sa mort, sa fille, Marie-Delphine de Boulogne, accepta de restituer au Conseil de Fabrique, le 9 décembre 1836, la chapelle, moyennant le prix de 1.200 francs (800 pour l’édifice et 400 pour le mobilier). Une souscription couvrit la dépense. Plus tard, l’Union Paroissiale céda la chapelle à la commune, à charge pour elle de l’entretenir.

Le bâtiment fut remanié en 1929. A cette occasion, la fine aiguille d’ardoises surplombant le toit fut malheureusement remplacée par un banal clocheton en ciment. Il fut également restauré en 1962 par MM. Olivier Michel, recteur, et Jean Gautier, vicaire. Les murs ont été débarrassés de leur enduit et les pierres mises à nu. Le maître-autel a été refait dans sa forme primitive. Lors de sa réfection, on a découvert une table d’autel très ancienne, datant vraisemblablement de l’édifice primitif. Elle sert de support à la statue de Sainte-Anne. Une table de communion en granit remplace une ancienne balustrade de fer. Le choeur, autrefois arrondi, a été arrêté en droite ligne et repavé.

C’est également depuis cette date que le Pardon de Ste-Anne, qui était tombé en désuétude (probablement au cours de la Révolution), fut remis à l’honneur. Chaque année, le 26 juillet, jour de la Sainte-Anne, se déroule un Pardon avec procession aux flambeaux et aux lampions de la chapelle jusqu’au port, précédée par les binious et bombardes d’un bagad et suivie par une foule nombreuse. A cette occasion, les riverains décorent les façades de leurs maisons de fliets de pêche et de fleurs. L’intérieur de la chapelle est également décoré par les bénévoles. La cérémonie s’achève avec une bénédiction de la mer, un feu de joie et l’embrasement de la jetée de l’ancien port.

Commentaires (2)

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    cherel vincent

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    Bonjour,
    Je réalise actuellement un diagnostic de l’état de conservation des boiseries du choeur pour le compte de la mairie. Je cherche des informations sur le mobilier en complément de votre notice qui est très instructive.
    Pourriez-vous m’indiquer si vous possédez des photos ou connaissez des personnes qui ont illustrent les travaux réalisés à l’intérieur de la chapelle ?
    Merci par avance.

    Vincent Chérel

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      thierry_admin

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      Bonsoir M. CHEREL,

      J’ai contacté les membres du bureau pour voir de quelle manière nous pouvons vous épauler

      bien cordialement
      T Houchard

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